Voyage dans l’imaginaire Indien, Kolam, dessins éphémères des femmes tamoules.

Posted by Chantal Jumel

Disponible dès maintenant

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Voyage dans l'imaginaire indien

Je suis heureuse de vous présenter mon dernier ouvrage. Livre avec illustrations graphiques et planches couleurs, 17 euros. Pour le commander,Téléphoner aux Editions GEUTHNER au +33 1 46 34 71 30 ou envoyer un mail à geuthner@geuthner.com

ACCUEILLIR LE JOUR

“Quelle surprenante idée d’accueillir le jour avec des diagrammes de farine de riz. Peu importe ce que l’on y saisit de prime abord,  les kôlam attirent le regard par leurs contours aériens. Pour l’occidentale que je suis, ils évoquent l’ouvrage précieux d’une dentellière, les jeux de ficelle et leurs nombreuses figures sans oublier les décorations éphémères en sciures colorées ou les chemins de fleurs des Fête-Dieu d’antan. Entre la main des femmes et la terre, entre la poussière du sol et celle de l’auguste graminée nommée riz une surprenante rencontre se met en place. Déambuler à l’aube dans les rues tamoules sollicite l’ouïe bien avant le regard qui peine à distinguer le  monde environnant.

 Dans la pénombre, des femmes s’interpellent et on devine les regards qui jaugent le lieu où elles vont dessiner ; elles tiennent dans les mains des boîtes contenant de la poudre blanche. Le dos incliné à l’équerre, le poignet cadence les doigts qui déposent à intervalles réguliers de discrets repères de farine de riz ou de poudre de quartz. Aux bruissements des insectes nocturnes et aux croassements des corneilles succèdent le chuchotis des balais en paille et le claquement de l’eau que des mains projettent horizontalement de récipients en métal. Les gouttelettes suspendues un court instant en un voile transparent chutent mollement sur la terre ou rebondissent joyeusement sur la chaussée citadine.

C’est sur cette trame en pointillé à l’exemplaire symétrie que viendront se poser des fleurs, des oiseaux, des divinités ou des diagrammes géométriques. D’autres femmes étirent de grandes lignes parallèles dans un mouvement plus lent, plus ample, presque coulant en effleurant le sol. Les balancements du bras et du corps tout entier et la gestuelle enroulée et limpide suspendent les lignes dans des élans qui semblent ne jamais vouloir s’unir à la terre. Lorsqu’enfin les lignes se posent sur un fond devenu puissant par l’éclat de leur blancheur sculpturale, elles s’amusent en toute modestie à déjouer les forces maléfiques et à protéger le promeneur autant que les membres de la maison.Imperceptiblement les objets se laissent deviner et accueillent la naissance du jour en revêtant une apparence sonore, fluide et rythmée.”

Extrait de l’Introduction à “Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules.” ©Copyright Chantal jumel

Nâga ou les dieux-serpents, entrelacs et nœuds

Posted by Chantal Jumel

Suite de l’article “Dessiner des cikku kôlam ou kôlam entrelacs”

Nâga dans un temple

Les frises, les pierres sculptées et les kôlam qui figurent des serpents sont nombreux  en Inde du sud. On trouve les premières sur les encadrements des portes des sanctuaires et sur les colonnes des temples et les secondes, le long des routes posées entre les racines des arbres Pipal (Ficus Religiosa) pour y être adorées. Les kôlam représentant des serpents sont exécutés à différentes périodes de l’année lors de rites propitiatoires. Quelquefois deux serpents sont enlacés comme dans le caducée de Mercure. On s’adresse à eux pour vaincre la stérilité, la cécité et les maladies de peau. Ils sont associés à l’eau et on les considère comme les génies des eaux et les faiseurs de pluie. Les nâga sont les gardiens des trésors souterrains qui seront révélés aux hommes dont le cœur est pur. De nombreux mythes relatent leurs exploits auprès des humains. Tantôt victimes, tantôt sauveurs, ils récompensent toujours les êtres au cœur noble.

La descente du Gange, Mahabalipuram

Ces diagrammes sur le sol représentent tantôt un serpent unique, tantôt plusieurs serpents lovés. Leurs queues décrivent des entrelacs savants et forment à l’instar des kôlam évoqués précédemment, une ou plusieurs lignes continues et ininterrompues qui se croisent et s’entrecroisent en formant des nœuds. Il est préférable de ne pas les dessiner sur les trottoirs ou sur les lieux de passage car il serait de mauvais augure de les piétiner. Ces représentations trouvent place devant l’oratoire domestique ou dans les temples et dans la cuisine dans le but de les éloigner de la maison. En dehors de ce rite quotidien et du festival qui leur est dédié, il est rare de trouver des kôlam de serpents.

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Illustrations du livre « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules » Editions Geuthner. Parution très prochaine

Dessiner des cikku kôlam ou kôlam entrelacs

Posted by Chantal Jumel

Les kôlam composés d’une ligne continue ou de plusieurs lignes s’appellent cikku kôlam et n’existent à ma connaissance qu’au Tamil-Nadu. Ils se distinguent des autres kôlam à points par l’enchevêtrement de leurs lignes. Certaines croyances locales voient dans ces lignes ininterrompues des charmes redoutables contre les puissances maléfiques ou le mauvais œil. Des sculptures composées d’une ligne unique et continue qui se croise et s’entrecroise ou de plusieurs lignes continues, entrelacées de manière complexe sont des thèmes récurrents dans les temples.

Cikku kôlamLes points de rencontre des lignes entrelacées sont les nœuds. Lors de certains rites en Inde, on entoure l’aire sacrificielle d’une ou plusieurs cordes afin d’empêcher l’entrée des mauvaises influences. Les acteurs et danseurs professionnels portent presque en permanence un talisman composé de plusieurs fils noués à intervalles réguliers pour se protéger du mauvais œil. Symboles ambivalents, les nœuds représentent tantôt la contrainte, les complications, tantôt l’union de deux êtres, un lien social ou encore un lien cosmique.

Le répertoire comprend des kôlam figurant des ornements pour le nez, des anneaux de bras, des couronnes, des sièges ou des trônes des objets cultuels comme des aspersoirs d’eau de rose, des vases, des pots à libation avec du beurre fondu et des lampes à huile. Nous trouvons aussi des représentations de palanquins, de chars solaires, de berceaux suspendus et des temples.

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Cikku kôlam 1Cikku kôlam 2Cikku kôlam 3Cikku kôlam 4

Illustrations du livre « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules » Editions Geuthner. Parution très prochaine