Mandana du Rajasthan, environs de Bundi (3)

Posted by Chantal Jumel

En attendant les festivités, je fais connaissance de mon interlocuteur qui me propose dès le lendemain matin de parcourir quelques villages environnants. La matinée s’annonce belle, nous sommes en octobre et il ne fait pas très chaud. La route se transforme vite en chemins de campagne et le chauffeur slalome entre les nombreux nids de poule. Nous arrivons dans un premier village habité en majorité par les Mina qui font partie des plus anciennes tribus du Rajasthan. Ils vivent dans les plaines fertiles de l’est de la région et sont répartis en deux clans principaux : celui des propriétaires terriens hindous de haut statut et les autres qui ne possèdent aucune terre. Au 19ème siècle, en dépit de leurs ancêtres prestigieux, ils furent déclarés « tribus criminelles » par les Britanniques et ce jusqu’en 1952, année où la liste injurieuse fut abrogée. Entrée maison Bishnoi Édifié sur un tertre, l’habitat est dense et les maisons s’adaptent au terrain inégal en étageant harmonieusement leurs volumes. Les alignements, les retraits et les avancées laissent entrevoir des terrasses qui elles-mêmes en surplombent d’autres. C’est ainsi que l’on découvre des mandana fraîchement peints. La promenade dans les rues attire l’attention des habitants qui interrogent mon compagnon sur les raisons de ma venue.

Mandana et oiseaux

Grâce à lui, nous sommes invités à pénétrer dans les patios et à chaque fois l’émerveillement est au rendez-vous. Pas un endroit dans les cours qui ne soit orné. Les mandana épousent l’âtre à ciel ouvert (chulha), honorent le grenier à grain d’une dentelle opalescente, soulignent les rebords des plateformes et métamorphosent les lieux. C’est ici, loin des regards extérieurs que les femmes cuisinent, trient les céréales, font sécher les piments et les galettes de bouse de vache. Pour les célébrations en l’honneur de Lakshmi, les imagières enduisent murs et terrasses, intérieurs comme extérieurs. Pour cela, elles préparent l’apprêt composé de bouse, d’eau et d’argile auquel elles ajoutent de l’ocre jaune clair ou foncé.

Enduire l'âtre

Pour peindre, elles utilisent un tronçon de la nervure d’une feuille de palmier dattier (khajur) lequel, fonctionne comme un réservoir tant il est fibreux. Mon guide me raconte que parfois c’est la pointe d’une tresse de cheveux qui fait office de pinceau.

Détails du mandana

Après quelques jours de séchage, le chaulage est désormais prêt. Les surfaces verticales et horizontales s’offrent aux incantations graphiques des femmes qui œuvrent le plus souvent à plusieurs. Elles guident le liquide laiteux en une multitude de lignes parallèles cassées, obliques et courbes laissant apparaître l’ocre du sol ou des murs. Le blanc hésite longtemps entre transparence et opacité mais la pâleur diaphane laisse vite place à l’éclat, captant la lumière pour devenir matière. L’ocre texture le blanc en une variété de motifs empruntés à la culture villageoise.

Mandana sur la terrasse

On trouve volontiers durant la période de Dipavali : l’épi de millet ou bharadi, les sabots de vache, des lampes à huile, des encriers ou des stylos pour signifier les comptes de fin d’année, des représentations d’une balance et de ses poids afin de favoriser le commerce. D’autres images reflètent les objets indispensables de l’hospitalité comme des sucreries (laddu, jalebi), l’éventail (bijani), le récipient à vermillon (sindhur). Les femmes recréent aussi les objets du quotidien en de multiples variations. Parmi eux, citons le chaupad un damier cruciforme ancêtre du jeu « des petits chevaux », le pot (kalasa) ou les réservoirs d’eau (baoli) du Rajasthan taillés dans les profondeurs du sol à plus de vingt mètres et auxquels on accède par des escaliers vertigineux. Le répertoire iconographique compte des motifs floraux (phulya) de quatre à huit pétales. Une fleur à six pétales (chah phulya) évoque le trône en forme de lotus de la déesse Lakhsmi.