La déesse Lakshmi et la maîtresse de maison, une complicité particulière

Posted by Chantal Jumel

« De toutes les divinités conviées dans la maison, Lakshmi est chère aux cœurs des femmes et les multiples intentions qui lui sont adressées reflètent l’importance du culte à la Déesse dans l’Hindouisme. Dans l’univers domestique tamoul, Lakshmi, épouse de Vishnou, incarne la bonne fortune et l’épanouissement en ce monde, à savoir Beauté, Abondance, Prospérité et Bonheur conjugal. L’image de Lakshmi la plus populaire la représente assise ou debout sur un lotus et tenant cette même fleur dans chaque main et flanquée de deux éléphants déversant sur elle une pluie bienfaisante ou des pièces d’or. Elle figure également sous les noms de « Padma » ou encore « Kamala » qui signifient lotus. Il semble alors naturel que les kôlam qui matérialisent sa présence la symbolisent par des lotus figuratifs ou abstraits qui deviennent plus élaborés le mardi et le vendredi, deux jours dans la semaine perçus comme particulièrement de bon augure pour célébrer la déesse. »[1]

Hema célèbre ses dieux ou déesses en écrivant un petit texte avec le kôlam ou une prière. Voici pour Lakshmi:

En hommage à la déesse

“Sarva gyaye Sarva Varadae
Sarva dushta bhayankarae
Sarva dukhaharae Devi
Mahalakshmi Namostutay”

“You grant favours to your children
Even as you scare the evil away!
You remove the misery from our lives
Oh Divine Goddess Lakshmi…
Please accept my Salutations “

[1] Extrait de mon livre « KÔLAM et KALAM, Peintures rituelles éphémères de l’Inde du Sud, Editions Geuthner, 2010, page 46

Mandana, peintures de sol des femmes du Rajasthan..

Posted by Chantal Jumel

Je suis loin des terres méridionales que j’affectionne et c’est à Jodhpur, la ville bleue que commence ma quête des dessins de sol appelés mandana [1] dans cette partie de l’Inde. Les seuils des maisons locales me semblent bien dépouillés en comparaison de ceux des maisons tamoules où fleurissent chaque jour des allégories géométriques. Pourtant c’est une peinture de sol très colorée qui m’accueille sur le parvis d’une maison princière reconvertie en hôtel au luxe discret.
Chantal J.
Le Rajasthan, ou « pays des rois », porte bien son nom car c’est dans cette demeure privée que je fais connaissance avec certaines coutumes locales incarnées par le jeune couple royal. Les murs du couloir qui mène à ma chambre dévoilent des tranches de vie de toute la lignée. Des trophées hippiques et des coupes de polo gagnés par l’arrière-grand-père trônent parmi les portraits des ancêtres et les photos intimes de la famille.

Maharaj Bharat Singh

Maharaj Bharat Singh

Un cliché en noir et blanc posé derrière une lampe à huile attire plus particulièrement mon attention, car elle immortalise le père de mon hôte le jour de son mariage. On l’aperçoit debout en tenue d’apparat, entouré de femmes parées de voiles diaphanes aux motifs délicats. Tenant son épée à deux mains, il touche du bout de la lame une assiette de métal posée sur un dessin peint à même le sol et constitué de plusieurs carrés rehaussés en leur centre d’une fleur stylisée. La photo vieillie révèle à peine ce diagramme mais la coutume veut que le jour du mariage, l’époux repousse sur les côtés les assiettes de métal pour se frayer un chemin jusqu’à la divinité. La future épouse qui marche dans ses pas, doit les reposer une à une sur chaque carré sans faire de bruit. Par ce geste, elle exprime ainsi sa capacité à déployer patience et discrétion en toute occasion au sein du foyer. Lui c’est à sa manière de déplacer les plats qu’il démontrera son pouvoir de chef de famille et son habilité à protéger la maison. Ainsi commence pour moi l’histoire des mandana. Les diagrammes peints comme ceux des régions du Sud introduisent bien des cérémonies de la vie des Indiens. Naissance, mariage et autres fêtes du calendrier hindou sont autant de prétextes pour dessiner.

Mais comment poursuivre ma recherche ? Après quelques échanges avec mes hôtes, ils me présentent deux frères fermiers et guides occasionnels pour les clients de l’hôtel qu’ils emmènent dans leur jeep à la découverte des communautés Bishnoï  et de tisserands de tapis dhurries. L’un d’eux accepte de me guider et je me mets en route dès le lendemain avec l’espoir de contempler dans la cour d’une maison, des mandana annonciateurs de la fête des lumières ou Dipavali.


[1] Littéralement ornementation ou décoration.