Alpona du Bengale..Makar Sankranti dans les villages

Posted by Chantal Jumel

La matinée se poursuit en compagnie de Rabi qui prévoit d’explorer quelques villages voisins, en quête d’alpona inédits. Chemin faisant, la route offre de nombreuses occasions de s’émerveiller devant la créativité indienne appliquée aux domaines les plus variés du quotidien. Quelle fascinante vision ces troncs d’arbres habillés de galettes de bouse de vache reproduisant l’empreinte d’une main ou ces bâtons enduits eux aussi, du précieux excrément que l’on sèche verticalement le long des clôtures. Les doigts ont modelé la fiente bovine autour du pieu et les marques se déclinent en de nombreuses variations. Plus loin sur la route, sur fond de cliquetis des machines à tisser, des rouleaux de bois arrondi pareils à des bâtons de sucre d’orge multicolores, exhibent des saris qui attendent d’être pliés selon un modèle préétabli.

Nous faisons halte dans un premier village et la présence des alpona illumine les cours des maisons et des fermes. Hormis les représentations circulaires, des carrés simples ou surmontés d’un triangle suscitent ma curiosité. En regardant de plus près, je m’aperçois qu’ils figurent une maison, une étable ou une cuisine . Parfois les trois cohabitent avec des pictogrammes d’humains ou d’animaux à l’intérieur. Les offrandes qu’on y dépose sont des piments, des oignons, des cosses de petits pois et des graines variées pour la cuisine et une poignée d’herbe pour l’étable.

On trouve aussi des dessins d’échelles adossées à des cercles concentriques -une allusion aux greniers à grains ou gola-, des paniers à anse pour la cueillette des fleurs, un chariot qui devient réel au moment où un paysan transportant du bois, apparaît sur le chemin. Puis il y des singularités, comme un plat de jeunes pousses pour signifier le renouveau et l’abondance, des pots de fleurs et une peinture d’une paire de ciseaux devant la maison du tailleur car durant Makara Sankranti, les artisans rendent hommage à leurs outils.

Des œillets couleur orange ou jaune et du riz non décortiqué font partie des offrandes. Dans cette région du Bengale, les fermiers pêchent dans les étangs et cultivent les tagètes. Leurs épouses enfilent à l’aiguille, les pompons flamboyants pour composer les guirlandes qui seront vendues dans les temples. Dans certains alpona, la fleur détrône parfois le lotus et tient lieu de motif central, en épousant les contours crénelés des pétales de l’œillet.

Dans le prochain village que nous visitons, d’autres décorations rituelles tout aussi éphémères m’enthousiasment. Il y a ces globes colorés pourvus de tentacules comme des anémones de mer qui se balancent au bout de baguettes plantées dans la terre. J’apprends qu’on les sculpte dans une moelle végétale appelée shola ou “liège indien”. À proximité des bannières, un crocodile et une tortue façonnés dans la glaise semblent émerger du sol ; ils ne sont pas peints comme ceux de chez Sumitra. Les deux reptiles parés de têtes d’œillets et de lamelles de bois -pour signifier dents et griffes- attendent les rituels d’offrande dédiés aux déesses des deux fleuves dont ils sont les montures.


Il est temps de partir en direction de Shantiniketan ou « Demeure de la Paix », une école de plein air au nord de Kolkata établie au début du 20ème siècle, par le poète Rabindranath Tagore. Ce dernier croyait en la convergence des valeurs traditionnelles de L’Inde et des idées progressistes de l’Occident. À cette époque, « Kala Bhavan » la section des arts visuels ouvre ses portes et intègre la gestuelle des alpona dans l’éducation artistique et les évènements du campus. Aujourd’hui encore, les étudiantes perpétuent la gestuelle graphique lors des fêtes nationales comme le jour de la création de la République Indienne, la fête de l’indépendance de l’Inde, Holi ou la fête de l’équinoxe de printemps, l’anniversaire du décès du poète Tagore et à l’occasion d’autres évènements dans l’école. Pour ma part, la quête ne fait que commencer…

Livres et références sur les alpona

Posted by Chantal Jumel

Prabhat Niyogi, “Alpona”, reproduction en couleurs dans “Prabasi”
Agrahayan, 1337 Bangabda (calendrier bengali), novembre-décembre, 1930.
Mukul Dey Archives, Santiniketan .
Alpona

Chittaprasad Bhattacharya, Alpona,
Artiste engagé, né en 1915, il luttera toute sa vie contre le système des caste, le colonialisme et l’oppression féodale.
Alpona, Chittaprasad Bhattacharya, gravure sur bois

Tapan Mohan Chatterji, 1948, anglais

Prativa Bala Bardhan, 1962, bengali et anglais

Eva Maria Gupta, 1983, allemand

Brata und Alpana in Bengalen, Eva Maria Gupta, Franz Steiner verlag, 1983.

Brata und Alpana in Bengalen, Eva Maria Gupta, Franz Steiner verlag, 1983.

Abanindranath Tagore, nouvelle édition 2014, bengali

Banglar Brata, Abanindranath Tagore, Introduction et annotations by Dibyajyoti Majumodar, éditions Gangchil, Kolkata, Novembre 2014

Banglar Brata, Abanindranath Tagore, Introduction et annotations by Dibyajyoti Majumodar, éditions Gangchil, Kolkata, Novembre 2014

Festival du Tibet et des Peuples de l’Himalaya 2015

Posted by Chantal Jumel

130615_Festival-c5cdb1Création le 14 juin à la pagode de Vincennes, d’un mandala de sable Tchenrezig par les moines du monastère Gaden  Jangtse. Le mandala de Chenrezig est une représentation symbolique du Bouddha de la Compassion ou Avalokiteshvara en sanskrit.
Chaque aspect du mandala possède une profonde signification : ainsi les 4 portes d’entrée du palais divin de Chenrezig représentent les 4 pensées incommensurables : l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité.

 

mandala de Chenrezig

Des femmes qui m’inspirent…Lakshmi Devi

Posted by Chantal Jumel

Lakshmi Devi
L’imaginaire personnel rivalise avec la tradition et certaines femmes développent un style exclusif alliant variations de tracés et de thèmes. C’est ainsi que j’aime l’imagination prolixe de Laksmi Devi.
Elle affectionne les lignes simples et épaisses, tisse ses kôlam patiemment sans l’ombre d’un point et ponctue ses phrases graphiques d’élans virtuoses jusqu’à ce qu’ils prennent l’apparence d’une guipure ajourée.

“Lakshmi Devi perpétue la gestuelle matinale au pied de son immeuble de huit étages. Pas d’étang ni de rivière bénie mais un parking et une jardinière de basilic sacré où les pieds du couple divin Vishnou et Lakshmi et de bien d’autres symboles magnifient non seulement l’entrée de son appartement mais la tour tout entière. ” (extrait de l’ouvrage: “Voyage dans l’imaginaire indien” Mon livre)

L’imagière se lève bien avant l’aube pour dessiner sur l’allée un kôlam de grande taille. À peine tracé, les voitures émergent une à une du parking voisin et roulent sans aucun état d’âme sur l’auguste décoration matinale. Les rainures des pneus emportent la bénéfique poussière qui consacrera discrètement le véhicule et ses occupants qui se rendent au travail.

Lakshmi Devi

 

Arts & Cultures N° 16 / 2015

Posted by Chantal Jumel

ARTICLE “Voyage dans l’Inde graphique : Kôlam, images éphémères des femmes tamoules ” Chantal Jumel.
Disponible en Français ici.
Arts & Cultures N° 16 / 2015

Date de parution : 01/07/2015
Prix : 30,00 €
Disponible
Reliure : Broché
Pages : 244
Illustrations : 250
Format : 23 x 30 cm
Editeur(s) : Coédition Musées Barbier-Mueller / Somogy éditions d’Art