Thapa, peintures murales du Rajasthan (6)

Posted by Chantal Jumel

Si les mandana et les paglya ont un vocabulaire ornemental géométrique et stylisé, les thapa ou peintures des murs extérieurs sont en revanche des compositions très libres mettant en scène le monde animal et floral et l’univers villageois. Parmi les oiseaux, le paon, oiseau national de l’Inde est de loin le plus représenté. Il figure presque toujours en couple, séparé par une fleur à quatre pétales ou un bouquet de feuilles trifoliées de l’arbre Bel[1]. La queue et les plumes ocellées du paon sont l’objet de toutes les extravagances graphiques depuis les quadrillages, les losanges, les lignes parallèles courbes et autres motifs de base que l’on trouve dans les mandana.

Paons et tigres

thapa, paons et fleurs

D’autres oiseaux peuplent également les murs sans qu’une place spécifique leur soit attribuée. C’est ainsi que l’on contemple voletant ici et là des perroquets, des pigeons, des corbeaux ou des moineaux. Quelquefois une colombe pensive orne le coin d’une façade et converse silencieusement avec une aigrette ou un héron. Picorant, perchés sur un arbre ou les yeux tournés vers le ciel, les expressions des oiseaux varient selon l’imagination des femmes. Le bestiaire local comprend l’éléphant, le tigre, le léopard, le singe, le cheval, la vache, l’antilope, le chat et les serpents. Certains animaux comme le tigre ou le léopard ont disparu de la région car trop chassés. Ils rappellent qu’à une époque, ils abondaient dans les forêts luxuriantes de cette région et faisaient partie des armoiries royales. Peu importe si les femmes n’en ont jamais vus, ils font partie du répertoire iconographique et sont peints de manière très stylisée au point qu’il est parfois difficile de reconnaître à quel félin l’image fait référence.

L’éléphant et le cheval captivent eux aussi l’imagination et en tant que montures des nobles rajpoutes, ils incarnent le pouvoir, la force, et la richesse. Certains animaux comme les singes ponctuent les fresques à la manière des oiseaux. Ils surgissent de nulle part en nuées et font des cabrioles, le visage facétieux.

D’autres créatures comme les rats et les scorpions courent près du sol le long des murs. Mais au milieu de ce bestiaire, les femmes décrivent leurs tâches domestiques et se représentent souvent avec plusieurs cruches sur la tête, en route pour la corvée d’eau ou le ramassage du bois pour la cuisson. Les fleurs et particulièrement le lotus occupent une place de choix dans les thapa. Elles figurent autant pour leur beauté que pour le rôle essentiel qu’elles occupent dans les rituels d’offrande ou comme symbole de la déesse Lakshmi. Les feuilles trifoliées de l’arbre bael (Aegle marmelos) réunies et tressées en guirlande servent d’offrande dans les temples d’obédience shivaïte. Les feuilles rappellent les trois yeux de Shiva et symbolisent les trois sources de lumière : le soleil, la lune et le feu. Une légende raconte l’apparition de cet œil frontal : « Un jour, Parvati d’humeur ludique, couvrit de ses mains, les yeux de son divin époux, le monde fut instantanément plongé dans les ténèbres. Shiva créa sur le champ un troisième œil situé entre les sourcils afin de sauver l’humanité, privée de lumière ».

Mandana du Rajasthan, initiation (7)

Posted by Chantal Jumel

J’aimerais tant pouvoir converser avec elles mais il me faudrait apprendre le hadoti, un des dialectes du Rajasthan. Pourtant au cours de la journée, mon souhait devient réalité et c’est assise en tailleur contemplant la création d’un mandana, que la plus audacieuse des jeunes filles me tend un pinceau végétal et m’indique l’endroit où je dois dessiner. En guise de dialogue, elle signe dans l’espace du bout de son index les contours du motif. Je saisis l’instrument et reproduis tant bien que mal la spirale qui enlace la figure centrale. Des mains bienveillantes aussitôt s’approchent et corrigent la maladresse. Quelle jubilation d’apprendre et de ressentir la force d’un travail collectif.
ChantalJe m'initie au tracé.Initiation