Pillaiyâr, le leveur d’obstacles

Posted by Chantal Jumel

Pillaiyar

Ganesha, le dieu à tête d’éléphant ou Pillaîyar en tamoul est sûrement la divinité indienne la plus populaire et la plus connue en Occident. Sa bonhomie est légendaire et son ventre proéminent un signe de gourmandise. Il aurait écrit, avec sa défense cassée, la grande épopée du Mahâbhârata que le sage Vyasa dictait et c’est pour cela qu’on le nomme « Ekadhenta » (Qui n’a qu’une dent).

Il a pour monture une souris qui symbolise tantôt l’égoïsme tantôt la patience. Ses larges oreilles comparées aux vans des moissonneurs séparent et jettent au vent la poussière des illusions terrestres pour ne garder que les valeurs véritables. On dit que sa trompe est courbée parce qu’elle contourne les obstacles.

Ganesh drawn on water

Bien que son image trône parmi les autres divinités de la maison, on note sa présence partout dans les commerces, les échoppes de fortune, les lieux de travail voire sur les tableaux de bord des taxis ou des rickshaw. En dehors de l’adresse quotidienne qui lui est faite, la célébration de sa naissance «Pillaîyar chaturti » prend la forme d’une fête populaire durant le mois lunaire d’âvani (mi-août, mi-septembre). La famille mais plus particulièrement les enfants achètent sur les nombreux étals du marché voisin, une statuette de terre à l’image du dieu qui sera placée sur une feuille de bananier sur laquelle on a étalé du riz. L’autel domestique se pare de kôlam, de fleurs et d’offrandes culinaires sous la forme de pâtisseries rondes sucrées ou salées appelées kozhukkattai et dédiés à Ganesha. Une fois les dévotions terminées, la statuette est immergée dans la mer, un étang ou une rivière.

Ronde d'éléphantsUne des légendes raconte comment Parvati, l’épouse de Shiva, fut un jour dérangée par son seigneur qui entra dans la maison alors qu’elle prenait un bain. Irritée de ne pas avoir de servante pour veiller sur son intimité, elle décida de modeler l’image d’un bel enfant avec les onguents dont elle avait enduit son corps. Après lui avoir donné vie, elle lui ordonna de monter la garde devant sa demeure et d’interdire à quiconque d’en franchir le seuil. Shiva de retour chez lui, étonné de trouver un jeune garçon devant l’entrée principale lui demanda de s’éloigner. Exaspéré par son refus de quitter les lieux, il lui trancha la tête. Parvati en larmes implora son époux de redonner vie à son enfant. Shiva confus, ordonna que fût coupée la première tête que l’on trouverait. C’est ainsi que la tête d’un éléphant devint l’attribut si particulier de l’enfant de la déesse. Pour réparer sa faute, Shiva reconnut Ganesha comme son fils et le nomma chef des gana, une horde désordonnée de génies qu’il a pour tâche de conduire.

Extrait de « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules. » ©Copyright Chantal jumel

Nâga ou les dieux-serpents, entrelacs et nœuds

Posted by Chantal Jumel

Suite de l’article “Dessiner des cikku kôlam ou kôlam entrelacs”

Nâga dans un temple

Les frises, les pierres sculptées et les kôlam qui figurent des serpents sont nombreux  en Inde du sud. On trouve les premières sur les encadrements des portes des sanctuaires et sur les colonnes des temples et les secondes, le long des routes posées entre les racines des arbres Pipal (Ficus Religiosa) pour y être adorées. Les kôlam représentant des serpents sont exécutés à différentes périodes de l’année lors de rites propitiatoires. Quelquefois deux serpents sont enlacés comme dans le caducée de Mercure. On s’adresse à eux pour vaincre la stérilité, la cécité et les maladies de peau. Ils sont associés à l’eau et on les considère comme les génies des eaux et les faiseurs de pluie. Les nâga sont les gardiens des trésors souterrains qui seront révélés aux hommes dont le cœur est pur. De nombreux mythes relatent leurs exploits auprès des humains. Tantôt victimes, tantôt sauveurs, ils récompensent toujours les êtres au cœur noble.

La descente du Gange, Mahabalipuram

Ces diagrammes sur le sol représentent tantôt un serpent unique, tantôt plusieurs serpents lovés. Leurs queues décrivent des entrelacs savants et forment à l’instar des kôlam évoqués précédemment, une ou plusieurs lignes continues et ininterrompues qui se croisent et s’entrecroisent en formant des nœuds. Il est préférable de ne pas les dessiner sur les trottoirs ou sur les lieux de passage car il serait de mauvais augure de les piétiner. Ces représentations trouvent place devant l’oratoire domestique ou dans les temples et dans la cuisine dans le but de les éloigner de la maison. En dehors de ce rite quotidien et du festival qui leur est dédié, il est rare de trouver des kôlam de serpents.

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Illustrations du livre « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules » Editions Geuthner. Parution très prochaine

Dessiner des cikku kôlam ou kôlam entrelacs

Posted by Chantal Jumel

Les kôlam composés d’une ligne continue ou de plusieurs lignes s’appellent cikku kôlam et n’existent à ma connaissance qu’au Tamil-Nadu. Ils se distinguent des autres kôlam à points par l’enchevêtrement de leurs lignes. Certaines croyances locales voient dans ces lignes ininterrompues des charmes redoutables contre les puissances maléfiques ou le mauvais œil. Des sculptures composées d’une ligne unique et continue qui se croise et s’entrecroise ou de plusieurs lignes continues, entrelacées de manière complexe sont des thèmes récurrents dans les temples.

Cikku kôlamLes points de rencontre des lignes entrelacées sont les nœuds. Lors de certains rites en Inde, on entoure l’aire sacrificielle d’une ou plusieurs cordes afin d’empêcher l’entrée des mauvaises influences. Les acteurs et danseurs professionnels portent presque en permanence un talisman composé de plusieurs fils noués à intervalles réguliers pour se protéger du mauvais œil. Symboles ambivalents, les nœuds représentent tantôt la contrainte, les complications, tantôt l’union de deux êtres, un lien social ou encore un lien cosmique.

Le répertoire comprend des kôlam figurant des ornements pour le nez, des anneaux de bras, des couronnes, des sièges ou des trônes des objets cultuels comme des aspersoirs d’eau de rose, des vases, des pots à libation avec du beurre fondu et des lampes à huile. Nous trouvons aussi des représentations de palanquins, de chars solaires, de berceaux suspendus et des temples.

Aspersoir à fragrance Coupe

Cikku kôlam 1Cikku kôlam 2Cikku kôlam 3Cikku kôlam 4

Illustrations du livre « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules » Editions Geuthner. Parution très prochaine

Dessiner des padi kolam ou kolam à lignes

Posted by Chantal Jumel

Ces kolam se construisent à partir d’un point, d’un carré ou de lignes parallèles qui se croisent à angle droit ou en diagonale pour former des structures de base comme un carré, un cercle, une croix avec ses diagonales, un svastika ou de deux triangles superposés.

Pour agrandir un padi kolam, on ajoute une série de traits parallèles à partir desquels de nouvelles lignes s’inscrivent en filigrane. Sur le pourtour du dessin, lotus, conques ou autres motifs décoratifs parachèvent l’œuvre dans la plus grande liberté. Ces kolam à lignes ou padi kolam psalmodient les pleins et les déliés des spéculations philosophiques inépuisables et tissent leurs contours autour d’un point central qui convient indubitablement le regard vers le cœur même du dessin. À l’instar des yantra ou des mandala, quatre portes faisant face aux quatre points cardinaux et représentées de manière très stylisée, interdisent l’accès à toute force négative ou destructrice. Le centre d’un kolam à lignes n’est d’ailleurs jamais inoccupé mais marqué d’un ou de plusieurs points, de lignes diagonales, des motifs du soleil et de la lune, d’un pentagone ou d’un hexagone étoilé.

Dessiner les kolam à partir d’un canevas de points

Posted by Chantal Jumel

Il existe deux sortes de kolam, Les pulli kolam ou kolam à points et les kolam qui se construisent à partir de lignes. Les premiers se construisent en alignant sur le sol des points en vis à vis ou en quinconce pour former un canevas.

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Ces points servent alors de support à des formes géométriques ou figuratives comme des fleurs, des animaux, des oiseaux ou des objets sacrés.

 

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Pour former des figures, on peut joindre les points d’une ligne droite ou sinueuse

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Ou les contourner d’une ligne unique et continue.

 

 
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