Mandana du Rajasthan, initiation (7)

Posted by Chantal Jumel

J’aimerais tant pouvoir converser avec elles mais il me faudrait apprendre le hadoti, un des dialectes du Rajasthan. Pourtant au cours de la journée, mon souhait devient réalité et c’est assise en tailleur contemplant la création d’un mandana, que la plus audacieuse des jeunes filles me tend un pinceau végétal et m’indique l’endroit où je dois dessiner. En guise de dialogue, elle signe dans l’espace du bout de son index les contours du motif. Je saisis l’instrument et reproduis tant bien que mal la spirale qui enlace la figure centrale. Des mains bienveillantes aussitôt s’approchent et corrigent la maladresse. Quelle jubilation d’apprendre et de ressentir la force d’un travail collectif.
ChantalJe m'initie au tracé.Initiation

Voyage dans l’imaginaire Indien, Kolam, dessins éphémères des femmes tamoules.

Posted by Chantal Jumel

Disponible dès maintenant

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Voyage dans l'imaginaire indien

Je suis heureuse de vous présenter mon dernier ouvrage. Livre avec illustrations graphiques et planches couleurs, 17 euros. Pour le commander,Téléphoner aux Editions GEUTHNER au +33 1 46 34 71 30 ou envoyer un mail à geuthner@geuthner.com

ACCUEILLIR LE JOUR

“Quelle surprenante idée d’accueillir le jour avec des diagrammes de farine de riz. Peu importe ce que l’on y saisit de prime abord,  les kôlam attirent le regard par leurs contours aériens. Pour l’occidentale que je suis, ils évoquent l’ouvrage précieux d’une dentellière, les jeux de ficelle et leurs nombreuses figures sans oublier les décorations éphémères en sciures colorées ou les chemins de fleurs des Fête-Dieu d’antan. Entre la main des femmes et la terre, entre la poussière du sol et celle de l’auguste graminée nommée riz une surprenante rencontre se met en place. Déambuler à l’aube dans les rues tamoules sollicite l’ouïe bien avant le regard qui peine à distinguer le  monde environnant.

 Dans la pénombre, des femmes s’interpellent et on devine les regards qui jaugent le lieu où elles vont dessiner ; elles tiennent dans les mains des boîtes contenant de la poudre blanche. Le dos incliné à l’équerre, le poignet cadence les doigts qui déposent à intervalles réguliers de discrets repères de farine de riz ou de poudre de quartz. Aux bruissements des insectes nocturnes et aux croassements des corneilles succèdent le chuchotis des balais en paille et le claquement de l’eau que des mains projettent horizontalement de récipients en métal. Les gouttelettes suspendues un court instant en un voile transparent chutent mollement sur la terre ou rebondissent joyeusement sur la chaussée citadine.

C’est sur cette trame en pointillé à l’exemplaire symétrie que viendront se poser des fleurs, des oiseaux, des divinités ou des diagrammes géométriques. D’autres femmes étirent de grandes lignes parallèles dans un mouvement plus lent, plus ample, presque coulant en effleurant le sol. Les balancements du bras et du corps tout entier et la gestuelle enroulée et limpide suspendent les lignes dans des élans qui semblent ne jamais vouloir s’unir à la terre. Lorsqu’enfin les lignes se posent sur un fond devenu puissant par l’éclat de leur blancheur sculpturale, elles s’amusent en toute modestie à déjouer les forces maléfiques et à protéger le promeneur autant que les membres de la maison.Imperceptiblement les objets se laissent deviner et accueillent la naissance du jour en revêtant une apparence sonore, fluide et rythmée.”

Extrait de l’Introduction à “Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules.” ©Copyright Chantal jumel

Le premier livre

Posted by Chantal Jumel

003Après avoir vu « le fleuve » de Jean Renoir, je voulais trouver un livre capable de détailler l’extraordinaire gestuelle graphique entrevue au commencement du film.  C’est en allant consulter les fiches de la bibliothèque du musée des Arts Asiatiques Guimet que je faisais connaissance avec un ouvrage minuscule intitulé « l’Alpona[1] ou les décorations rituelles du Bengale » publié aux Editions Bossard en 1921. Un livret qui décline au fil des pages des diagrammes géométriques, des représentations d’animaux, d’oiseaux et d’objets du quotidien ainsi que des chants et des textes qui accompagnent le répertoire graphique. L’introduction est écrite par le peintre Abanindranath Tagore neveu de Rabindranath Tagore, célèbre poète, romancier, compositeur,  peintre et prix Nobel de littérature en 1913.  Le ton bon enfant exalte la spontanéité, la fraîcheur des dessins de celles que le peintre appelle « nos filles du Bengale ».


[1] On utilise les deux mots : âlpona ou âlpana.

001    Cérémonie pour l'échange de paroles douces

C’est ainsi que tout a commencé

Posted by Chantal Jumel

renoir-fleuveEnfant je me rêvais danseuse, musicienne ou peintre et mon livre préféré s’appelait « Contes et Légendes de l’Inde ». Les images en noir et blanc montraient des hommes enturbannés, une assemblée de bonzes, un homme avec le faciès d’un éléphant et des personnages arborant moult bras et têtes. Parmi eux, il y avait une figure attirante, un jeune homme jouant de la flûte et qui semblait mystérieux avec ses yeux en amande.Il me fascinait sans que je sache vraiment pourquoi, si ce n’est qu’après plusieurs pages, il réapparut et cette fois dans une illustration colorée ; sa peau était bleue et la tiare posée sur la tête lui conférait une allure princière. Il s’appelait Krishna et le récit de ses exploits allait occuper une partie du livre et de ma vie. Une autre image montrait un roi aveugle sur un champ de bataille ; l’arrière-plan rougeoyant suggérait le sang et la férocité d’un combat sans merci, le sol était jonché de lances brisées et d’éléphants abattus, des femmes éplorées tendaient les bras dans le vide. Par cette évocation violente, je faisais connaissance avec le Mahâbhârata, une des plus grandes épopées de l’Inde. Krishna, ce prince héroïque, ce bouvier joueur de flûte, je le croisais de nouveau dans le film mythique de Jean Renoir « le Fleuve » qu’il tourna au Bengale. Au détour d’une scène, l’une des héroïnes s’imagine en Râdha, la compagne du dieu à la peau sombre, elle danse pour lui et ses mains signent dans l’espace les louanges qu’elle lui adresse. Ce court épisode dansé ainsi que la scène d’ouverture du film devaient marquer durablement le cours de mon existence. river8Dès la première image, Jean Renoir offre aux spectateurs la vision d’une main féminine qui s’applique à tracer sur le sol un cercle blanc parfait, suivi de quatre pétales orientés vers les points cardinaux tandis qu’une voix off entame le récit du film :« En Inde pour hono­rer un invité , les femmes décorent le sol de leur maison avec des dessins réalisés avec un mélange de farine de riz et d’eau ». Le geste et la posture assise, fascinent mais pourquoi peindre sur le sol ? Pour quelles raisons ? Y a-t-il un répertoire ou est-ce simplement le résultat d’une imagination fertile ? La peinture demeure-t-elle ? J’allais trouver les réponses quelques années plus tard lorsque je décidais d’aller en Inde.