Librairie Kailash, salon du livre « Asiatica »

Posté par Chantal Jumel

15 juin à 16h30, à la librairie Kailash à Paris, présentation, démonstration et signature de mon deuxième ouvrage « Voyage dans l’imaginaire indien, kolam, dessins éphémères des femmes tamoules. »  dans le cadre de  « Asiatica », premier salon à réunir des éditeurs indépendants et des ouvrages relatifs à l’Asie.

Paysage urbain éphémère

Posté par Chantal Jumel

Dans le cadre du festival Photo les  » Transphotographiques  » 2014 au TriPostal de Lille, j’ai réalisé une création visuelle éphémère d’après une photographie de Frédéric Delangle. Une création de poudres végétales et minérales inspirée par les arts graphiques appelés Kôlam et Kalam.

SaRiGaMaPaDhaNiSa

Posté par Chantal Jumel

Pour la Nuit des Musées, du 15 mai au 17, le MúSIC, Musée des instruments Céret accueille une création visuelle en poudres végétales et minérales autour des notes de la gamme indienne et de leur association symbolique avec des couleurs et des cris d’animaux. Une création éphémère inspirée par l’art rituel des kolam et kalam, des peintures réalisées à même le sol en Inde du Sud.

« Sa-ri-ga-ma-pa-dha-ni-sa » sont les sept notes majeures ou « sapta svara » de la gamme indienne et ne sont pas de hauteur absolue. Les diminutifs correspondent à des mots sanskrits  et selon certaines théories, chacune des notes est associée à des cris d’animaux:  Sa (shadjam),  le braillement du paon. Ri (rishabham),  le meuglement du taureau. Ga (gaandhaaram),  Le bêlement de la chèvre. Ma (madhyamam),  le craquètement de la grue. Pa (panchamam),  le chant du coucou. Da(dhaivatam), le hennissement du cheval.  Ni (nishaadham), le barrissement de l’éléphant.

Chantal

Echanges

Mandana, peintures de sol des femmes du Rajasthan..

Posté par Chantal Jumel

Je suis loin des terres méridionales que j’affectionne et c’est à Jodhpur, la ville bleue que commence ma quête des dessins de sol appelés mandana [1] dans cette partie de l’Inde. Les seuils des maisons locales me semblent bien dépouillés en comparaison de ceux des maisons tamoules où fleurissent chaque jour des allégories géométriques. Pourtant c’est une peinture de sol très colorée qui m’accueille sur le parvis d’une maison princière reconvertie en hôtel au luxe discret.
Chantal J.
Le Rajasthan, ou « pays des rois », porte bien son nom car c’est dans cette demeure privée que je fais connaissance avec certaines coutumes locales incarnées par le jeune couple royal. Les murs du couloir qui mène à ma chambre dévoilent des tranches de vie de toute la lignée. Des trophées hippiques et des coupes de polo gagnés par l’arrière-grand-père trônent parmi les portraits des ancêtres et les photos intimes de la famille.

Maharaj Bharat Singh

Maharaj Bharat Singh

Un cliché en noir et blanc posé derrière une lampe à huile attire plus particulièrement mon attention, car elle immortalise le père de mon hôte le jour de son mariage. On l’aperçoit debout en tenue d’apparat, entouré de femmes parées de voiles diaphanes aux motifs délicats. Tenant son épée à deux mains, il touche du bout de la lame une assiette de métal posée sur un dessin peint à même le sol et constitué de plusieurs carrés rehaussés en leur centre d’une fleur stylisée. La photo vieillie révèle à peine ce diagramme mais la coutume veut que le jour du mariage, l’époux repousse sur les côtés les assiettes de métal pour se frayer un chemin jusqu’à la divinité. La future épouse qui marche dans ses pas, doit les reposer une à une sur chaque carré sans faire de bruit. Par ce geste, elle exprime ainsi sa capacité à déployer patience et discrétion en toute occasion au sein du foyer. Lui c’est à sa manière de déplacer les plats qu’il démontrera son pouvoir de chef de famille et son habilité à protéger la maison. Ainsi commence pour moi l’histoire des mandana. Les diagrammes peints comme ceux des régions du Sud introduisent bien des cérémonies de la vie des Indiens. Naissance, mariage et autres fêtes du calendrier hindou sont autant de prétextes pour dessiner.

Mais comment poursuivre ma recherche ? Après quelques échanges avec mes hôtes, ils me présentent deux frères fermiers et guides occasionnels pour les clients de l’hôtel qu’ils emmènent dans leur jeep à la découverte des communautés Bishnoï  et de tisserands de tapis dhurries. L’un d’eux accepte de me guider et je me mets en route dès le lendemain avec l’espoir de contempler dans la cour d’une maison, des mandana annonciateurs de la fête des lumières ou Dipavali.


[1] Littéralement ornementation ou décoration.

Mandana du Rajasthan…suite

Posté par Chantal Jumel

Après quelques kilomètres, la chaussée citadine troque son manteau goudronné pour la poussière de sable du désert de Thar. De part et d’autre, s’étire à perte de vue une campagne aride ponctuée de la présence austère des câpriers ou ker et de buissons épineux divers, connus pour leurs vertus pharmaceutiques. Mais la manne du désert s’appelle khedjri ou sangri. L’arbre miraculeux étale son feuillage parasol et produit de fines gousses vertes qui ressemblent à des haricots. Une fois séchées, elles sont combinées à d’autres légumineuses dont les pois plats kumti pour composer le panjkuta [1] ou le mets aux cinq ingrédients. Toutes les familles possèdent des sacs de ce précieux mélange déshydraté qu’il suffit de plonger dans l’eau avant de le cuisiner avec des épices. La route devient une piste truffée d’ornières et le chauffeur s’esclaffe à chaque embardée qui me précipite contre la portière de la jeep. Dans la monotonie du paysage, mon regard croise à deux reprises des hordes d’antilopes noires et fauves aux cornes spiralées. Dans les miniatures mogholes, ce sont les mêmes qui écoutent l’héroïne jouer d’un instrument lorsque celle-ci attend la venue de l’amant. La vision s’évanouit avec l’approche d’un nuage poussiéreux qui recroqueville instantanément la piste. Pourtant je distingue très clairement la cadence balancée des grelots attachés à l’archet du ravanhatta. Un homme apparaît, il joue de cette vièle rustique constituée d’une caisse de résonance en noix de coco et de deux cordes en boyau de gazelle.

Une procession multicolore le suit de près, menée par un dromadaire attelé à une charrette qui accueille des femmes et des enfants. Ce sont des bardes itinérants Bhopas qui autrefois scandaient et dansaient la légende du prince Pabuji devant un rouleau peint. Aujourd’hui, beaucoup de poètes musiciens se sont adaptés et chantent dans les hôtels ou dans les forts dès qu’une nuée de touristes approche.La troupe s’évanouit peu à peu et nous poursuivons notre route jusqu’à ce que le chauffeur s’immobilise devant les grilles d’une maison.

Famille de Dhanraj Je descends de la jeep et l’accompagne jusqu’à un arbre à l’ombrage généreux. C’est un neem ou margousier immense qui rafraichit de son feuillage deux femmes assises sur un charpoy [2].  La plus jeune est l’épouse de mon guide et la plus âgée, sa mère. Elles connaissent les raisons de ma venue et me montrent avec fierté l’enduit ocre jaune qu’elles ont appliqué la veille sur une grande partie de la cour devant l’habitation. C’est ainsi que débutent les préparatifs pour les fêtes de Dipavali [3] ou fête des lumières qui célèbre Lakshmi, déesse de la prospérité et de l’abondance. Application de l'ocre Après une tasse de thé et quelques biscuits, mes hôtesses se dirigent vers la maison et reviennent avec des pots en terre dans lesquels elles mélangent deux poudres distinctes avec de l’eau. Le rouge ou gheru n’est autre que de l’oxyde de fer et le blanc de la chaux éteinte (chunna) ou encore de la craie (khadiya). Gheru et chaux éteinte


[1] Un plat unique réalisé avec le mélange de cinq ingrédients végétaux du désert de Thar à l’est du Rajasthan; « khedjri »  « sangri » (P. cineraria), « kumti » (Acacia senegal), « gunda » (Cordia mixa), « ker » (Capparis decidua) et « kachara » (Cucumis sp.)
[2] Un lit tout en cordes, idéal pour les siestes. Sur les grands axes routiers de l’Inde du Nord, les buvettes ont souvent des charpoy alignés comme dans un dortoir pour accueillir les camionneurs fatigués.
[3] dipa signifie lumière et vali plusieurs ou un grand nombre.

Mandana du Rajasthan, environs de Jodhpur (1)

Posté par Chantal Jumel

Pour dessiner le mandana, pas de pinceau mais un lambeau de sari roulé en boule qui sert de réservoir une fois plongé dans la couleur choisie et pressé au creux des doigts. La jeune femme guide le liquide rouge et trace les contours du dessin. Elle en fait de même avec le blanc, qu’elle utilise pour  inscrire à l’intérieur des espaces, des lignes parallèles droites et courbes ou des motifs répétitifs ou déclinés en miroir. L’acte de dessiner des mandana est décrit comme subh karya (littéralement une activité de bon augure) et met en avant l’idée de centre, de symétrie et de multiplication. Autour d’un cercle qui honore la syllabe OM en son centre, je remarque en direction des points cardinaux, la présence de quatre figures identiques symboles de Lakshmi.

Lakshmi

La matinée se poursuit avec d’autres dessins et c’est ainsi que portées par un élan commun, la mère et d’autres jeunes filles festonnent le périmètre de la cour comme elles le feraient des bordures d’une draperie.

Ornementation

L’épouse du frère de mon guide encouragée par l’intérêt enthousiaste que je porte à ces œuvres graphiques entreprend de dessiner un carré qui accueille des pieds stylisés surmontés du soleil et de la lune. Sur chaque côté du carré, s’élancent des motifs en forme de pointes de flèches sans que je sache au juste à quoi elles font référence. Elles m’évoquent toutefois les croix touarègues portés par les hommes et qui se transmettent de père en fils avec l’aphorisme suivant : « Mon fils, je te donne les quatre directions du monde, car nul ne sait où tu mourras ».  Est-ce l’influence du désert si proche qui donne à l’ensemble des mandana cet aspect résolument géométrique et dépouillé ?

Après quelques jours passés à visiter d’autres familles, mon séjour s’achève et je repars vers Jodhpur avec un sachet de la précieuse manne du désert que je cuisinerai à mon retour en France grâce à la recette qui redonne vie aux câpres sauvages et aux haricots qui poussent sur les arbres.