Des femmes qui m’inspirent….Maheswari

Posté par Chantal Jumel

Sarada Devi

Maheswari, dotée d’une forte personnalité vit sa pratique du kolam comme un seva ou « service désintéressé ». Elle répond présente à chaque célébration importante du temple de Sri Ramakrishna de Chennai et ses offrandes graphiques font l’admiration d’un grand nombre de fidèles. C’est pour commémorer l’anniversaire de la naissance de Vivekananda[1] que je la rejoins dans ce havre de paix, du très animé quartier de Mylapore. Depuis l’entrée principale, le temple couleur rose saumon a des allures de pâtisserie géante en forme de pièce montée. Cependant, comparé aux sanctuaires dravidiens, il tranche par son dépouillement et tout un chacun peut venir y méditer indépendamment de sa religion et de ses croyances.

Arrivée à la nuit tombante, Maheswari se rend à la chapelle qui abrite une statue de Sarada Devi, la compagne spirituelle de Ramakrishna. Sur le sol noir, trois kôlam opalescents se révèlent peu à peu; de transparents, ils deviennent blancs en séchant. Maheswari a choisi la technique mouillée et c’est de loin ce que l’on préfère pour les festivités car le kolam résiste plusieurs jours. Pour dessiner de cette manière, on dépose dans le creux de la main, un morceau de tissu de coton imbibé du mélange laiteux obtenu à partir de farine de riz et d’eau. Le pouce exerce une légère pression et le liquide s’écoule entre les doigts légèrement écartés. On peut ainsi tracer jusqu’à deux ou trois lignes parallèles d’un coup.

Temple de Ramakrishna, Chennai

L’hommage graphique achevé, elle se rend sur l’esplanade du temple où des projecteurs éclairent l’endroit où elle va œuvrer à plus grande échelle. Durant plusieurs heures, elle tisse en longs mouvements ondoyants des carrés qui se juxtaposent jusqu’à former une croix dans un premier temps, puis un carré, flanqué de portes imaginaires disposées aux quatre points cardinaux. L’eau de riz miroite sous la lumière et les haut-parleurs diffusent des chants dévotionnels ou bhajan. La foule se presse autour de Maheswari et pousse des soupirs admiratifs tout en levant les yeux et les deux mains vers le ciel comme pour signifier que cette femme-là est bénie des dieux. Le kôlam se conclut au moment où elle rehausse le pourtour en forme d’étoile avec de la poudre d’hématite appelée kâvi. À la vue du diagramme, on a le sentiment que les friselis blancs ruissellent vers le centre mais le regard finit par distinguer la forteresse centrale qui salue les divinités des quatre orients. Les femmes héritières d’une longue tradition orale ne sont-elles pas chargées de l’harmonie du monde sensible ?

 

Extrait du livre « Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules » Editions Geuthner. Parution prochaine.

Technique mouillée

 

 

 

technique mouillée

 

[1]Swami Vivekananda est né le 12 janvier 1863 à Kolkata (Calcutta) dans l’État indien du Bengale. Issu d’une famille aisée, il s’intéresse très jeune aux textes sacrés de l’hindouisme. À 17 ans, il rencontre Ramakrishna qui devient son maître spirituel. Devenu un renonçant, Vivekananda prend la direction de l’ashram à la mort de son maître. D’une stature imposante, il fait sensation quelques années plus tard par un discours qu’il prononça à Chicago à l’occasion de l’exposition universelle. Il fait ensuite un tour du monde pour diffuser l’enseignement de Ramakrishna. Son retour en Inde est triomphal et il fonde les  Ramakrishna mission destinés à venir en aide aux plus démunis.

 

Les femmes qui m’inspirent……Subhadra Natarajan

Posté par Chantal Jumel

Dès les premières semaines de mon séjour, j’assimilais des mots nouveaux chargés de concepts inhabituels pour certains.

Rencontre matinale avec une vache

J’apprenais que la femme tamoule idéalisée est celle de l’épouse accomplie ou « pativratâ », ou Celle qui est de bon augure « cumankali » et dont la tâche essentielle consiste à maintenir l’équilibre et la prospérité du foyer et la félicité dans le mariage. La longévité du mari et la bonne santé de ses enfants reposent également sur sa piété et sa capacité à repousser les forces négatives. Subhadra N. rencontrée lors d’un voyage à Chennai incarnait selon moi toutes ces notions. C’est ainsi qu’invitée pour les festivités de pongal, je partageais le quotidien de toute la famille pendant trois jours.

 

Entwined birds

Chaque matin, assise sur le sol de la cuisine et face à une niche, elle faisait naître de ses doigts habiles des dessins pas tout à fait comme ceux du seuil de l’entrée principale. Il y avait des diagrammes pour chaque jour de la semaine. En bordure de l’alcôve, deux oiseaux stylisés : des perroquets enlacés étroitement sur une même branche et auréolés de feuilles de lotus. Sur leurs têtes, les représentations du soleil et de la lune symboles de chasteté et de longévité du couple, une métaphore destinée à prévenir la séparation et les souffrances. Le couple est à l’image de Shiva et de Parvati. Peut-on imaginer la lune sans le soleil et Shiva sans Parvati?

Il convient aussi de nourrir la déesse, la nourrir de bonnes intentions en chantant ses louanges. C’est ainsi que Subhadra imprime avec de la farine de riz, 21 lotus au moyen d’une boîte perforée à l’image de la fleur. Des graphes qu’elle estampille simultanément à la récitation en tamoul d’un des 21 versets du Kanakadhârastava ou « L’hymne du flot d’or ».
Hanuman kolam

Pour éloigner la mort et développer la force intérieure nécessaire pour endurer les fardeaux terrestres, un pictogramme triangulaire que supporte une ligne recourbée s’adresse à « Mṛtyumjaya », une émanation de Shiva et aux dires de certains une incarnation du dieu singe Hanuman[1].

 

Subhadra N. and Râma kolam

A gauche de la niche, une paire de pieds stylisée interpelle de par sa sobriété. Elle traduit la dévotion qu’inspire Râma, septième incarnation de Vishnou et divinité tutélaire de la famille. Il est vénéré au travers de la formule « Jaya, Jaya Râma, Sri Râma Jaya Râma » qui s’inscrit mot à mot sur chacune des huit feuilles de lotus dessinées sur le pourtour des pieds.

 

Subhadra Natarajan

La matinée se poursuit et il est temps de cuire le riz quotidien, l’hommage a fait place aux requêtes et les femmes attentionnées dessinent deux kolam près des fourneaux afin que la déesse bienveillante prodigue l’abondance de nourriture ; un souci constant dans les familles indiennes


[1] Pour comprendre le kôlam et sa symbolique double, revenons aux caractéristiques de ce dieu. D’une force hors du commun, Hanuman apporta son aide à Râma pour combattre le démon Râvaṇa et délivrer Sîta, l’épouse de Râma. Sa fidélité et sa loyauté envers le couple divin lui ont conféré l’immortalité et la jeunesse éternelle. Dans le combat contre Râvaṇa, Lakṣmaṇa, frère de Rāma, fut grièvement blessé, et pour le sauver, il lui fallait l’herbe de vie. Hanuman fut chargé par le médecin royal de trouver cette plante, qui ne pousse que dans les montagnes de l’Himalaya. Ne pouvant reconnaître l’herbe médicinale, Il souleva la montagne et la rapporta tout entière sur le champ de bataille. Le kôlam représente une montagne en tant que double métaphore des tracasseries du monde et du remède pour déjouer la mort. La ligne courbe symbolise la queue de Hanuman. 

Dessiner des padi kolam ou kolam à lignes

Posté par Chantal Jumel

Ces kolam se construisent à partir d’un point, d’un carré ou de lignes parallèles qui se croisent à angle droit ou en diagonale pour former des structures de base comme un carré, un cercle, une croix avec ses diagonales, un svastika ou de deux triangles superposés.

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Pour agrandir un padi kolam, on ajoute une série de traits parallèles à partir desquels de nouvelles lignes s’inscrivent en filigrane. Sur le pourtour du dessin, lotus, conques ou autres motifs décoratifs parachèvent l’œuvre dans la plus grande liberté.

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Ces kolam à lignes ou padi kolam psalmodient les pleins et les déliés des spéculations philosophiques inépuisables et tissent leurs contours autour d’un point central qui convient indubitablement le regard vers le cœur même du dessin.

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À l’instar des yantra ou des mandala, quatre portes faisant face aux quatre points cardinaux et représentées de manière très stylisée, interdisent l’accès à toute force négative ou destructrice.

Le centre d’un kolam à lignes n’est d’ailleurs jamais inoccupé mais marqué d’un ou de plusieurs points, de lignes diagonales, des motifs du soleil et de la lune, d’un pentagone ou d’un hexagone étoilé.

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Des femmes dessinent pour accueillir les dieux

Posté par Chantal Jumel

Le temple de Kapaliswarar à Mylapore, Chennai est renommé pour son festival qui prend place à la mi-mars-mi avril. C’est un mois particulier où l’on célèbre le mariage de Shiva et Parvati. Chaque jour durant 10 jours, des divinités diverses ainsi que les 63 Nayanmars (saints shivaites) sont emmenés en procession autour du temple. A ces occasions, ils font des haltes sous un dais afin de recevoir les offrandes des dévots et les femmes du voisinage dessinent un kôlam juste avant l’arrivée du palanquin sur roues.

Dessiner les kolam

Posté par Chantal Jumel

Il existe deux sortes de kolam, Les pulli kolam ou kolam à points et les kolam qui se construisent à partir de lignes. Les premiers se construisent en alignant sur le sol des points en vis à vis ou en quinconce pour former un canevas.

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Ces points servent alors de support à des formes géométriques ou figuratives comme des fleurs, des animaux, des oiseaux ou des objets sacrés.

 

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Pour former des figures, on peut joindre les points d’une ligne droite ou sinueuse

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Ou les contourner d’une ligne unique et continue.

 

 

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Le premier livre

Posté par Chantal Jumel

003Après avoir vu « le fleuve » de Jean Renoir, je voulais trouver un livre capable de détailler l’extraordinaire gestuelle graphique entrevue au commencement du film.  C’est en allant consulter les fiches de la bibliothèque du musée des Arts Asiatiques Guimet que je faisais connaissance avec un ouvrage minuscule intitulé « l’Alpona[1] ou les décorations rituelles du Bengale » publié aux Editions Bossard en 1921. Un livret qui décline au fil des pages des diagrammes géométriques, des représentations d’animaux, d’oiseaux et d’objets du quotidien ainsi que des chants et des textes qui accompagnent le répertoire graphique. L’introduction est écrite par le peintre Abanindranath Tagore neveu de Rabindranath Tagore, célèbre poète, romancier, compositeur,  peintre et prix Nobel de littérature en 1913.  Le ton bon enfant exalte la spontanéité, la fraîcheur des dessins de celles que le peintre appelle « nos filles du Bengale ».


[1] On utilise les deux mots : âlpona ou âlpana.

001    Cérémonie pour l'échange de paroles douces

C’est ainsi que tout a commencé

Posté par Chantal Jumel

renoir-fleuveEnfant je me rêvais danseuse, musicienne ou peintre et mon livre préféré s’appelait « Contes et Légendes de l’Inde ». Les images en noir et blanc montraient des hommes enturbannés, une assemblée de bonzes, un homme avec le faciès d’un éléphant et des personnages arborant moult bras et têtes. Parmi eux, il y avait une figure attirante, un jeune homme jouant de la flûte et qui semblait mystérieux avec ses yeux en amande.Il me fascinait sans que je sache vraiment pourquoi, si ce n’est qu’après plusieurs pages, il réapparut et cette fois dans une illustration colorée ; sa peau était bleue et la tiare posée sur la tête lui conférait une allure princière. Il s’appelait Krishna et le récit de ses exploits allait occuper une partie du livre et de ma vie. Une autre image montrait un roi aveugle sur un champ de bataille ; l’arrière-plan rougeoyant suggérait le sang et la férocité d’un combat sans merci, le sol était jonché de lances brisées et d’éléphants abattus, des femmes éplorées tendaient les bras dans le vide. Par cette évocation violente, je faisais connaissance avec le Mahâbhârata, une des plus grandes épopées de l’Inde.

Krishna, ce prince héroïque, ce bouvier joueur de flûte, je le croisais de nouveau dans le film mythique de Jean Renoir « le Fleuve » qu’il tourna au Bengale. Au détour d’une scène, l’une des héroïnes s’imagine en Râdha, la compagne du dieu à la peau sombre, elle danse pour lui et ses mains signent dans l’espace les louanges qu’elle lui adresse. Ce court épisode dansé ainsi que la scène d’ouverture du film devaient marquer durablement le cours de mon existence.

river8Dès la première image, Jean Renoir offre aux spectateurs la vision d’une main féminine qui s’applique à tracer sur le sol un cercle blanc parfait, suivi de quatre pétales orientés vers les points cardinaux tandis qu’une voix off entame le récit du film :« En Inde pour hono­rer un invité , les femmes décorent le sol de leur maison avec des dessins réalisés avec un mélange de farine de riz et d’eau ».

Le geste et la posture assise, fascinent mais pourquoi peindre sur le sol ? Pour quelles raisons ? Y a-t-il un répertoire ou est-ce simplement le résultat d’une imagination fertile ? La peinture demeure-t-elle ? J’allais trouver les réponses quelques années plus tard lorsque je décidais d’aller en Inde.

Atelier Kolam, Samedi 8 juin.

Posté par Chantal Jumel

Logo Ateliers guimet

Musée Guimet, Paris

Samedis 18 mai et 8 juin,

10h30-12h30 et 14h-16h (salle des lotus)

Tarif : 52 euros

Inscription obligatoire validée à la réception de son règlement
Inscriptions : resa@guimet.fr ou 01 56 52 53 45
Règlement par chèque libellé à l’ordre de l’agent comptable du musée Guimet ou par CB

Voyage dans l’imaginaire Indien, Kôlam, dessins éphémères des femmes tamoules.

Posté par Chantal Jumel

Voyage dans l'imaginaire indien

OUVRAGE en cours de préparation, SORTIE été 2013

En Inde du sud, juste avant le lever du soleil, sur les chemins de terre d’un village tamoul ou sur les trottoirs d’une cité soigneusement balayés, des mains anonymes créent du bout des doigts des peintures éphémères appelées kôlam. Le patrimoine de tradition orale est et demeure fragile et je forme le vœu que ces pages contribuent à enrichir les savoir-faire, les techniques et les patrimoines graphiques de  l’humanité. Une invitation au voyage qui s’offre comme une expérience sensuelle,  esthétique et philosophique de l’Inde et plus particulièrement de la culture du Tamil-Nadu.

Livre avec illustrations graphiques et planches couleurs.

Si vous êtes intéressés (ées), laissez vos coordonnées sur le site.

Salon l’Inde des Livres

Posté par Chantal Jumel

Inde des livresRendez-vous dimanche 18 novembre de 14h à 15h pour la signature de l’ouvrage

KŌLAM et KALAM, Peintures rituelles éphémères de l’Inde du Sud

Auteur: Chantal Jumel,  Editions Geuthner

Au salon « l’Inde des Livres » les 17 et 18 novembre 2012.
Mairie du 20arrondissement de Paris
Pour plus de renseignements contacter l’association
Les Comptoirs de l’Inde, 60, rue des Vignoles, 75020 Paris.
Tél. : 01 46 59 02 12

Bienvenue sur cette nouvelle interface!

Posté par Chantal Jumel

Bienvenue sur mon nouveau site,

J’aime l’interface et j’espère que vous l’aimerez également. Un onglet vidéo sera bientôt ajouté ainsi que des photos de mes voyages en Inde du sud sur la route des kolam. Je le mettrai à jour régulièrement et vous informerai de mes projets, des dates d’ateliers kolam et des conférences-démonstrations. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou à poser des questions concernant le monde des peintures ou décorations éphémères non seulement en Inde mais partout dans le monde.

D’ors et déjà je vous invite à participer à des ateliers

Découverte kolam au musée des Arts Asiatiques Guimet

Samedi 20 octobre, 10h30-12h30 et 14h-16h (salle des lotus)

Tarif 1 séance : 26 euros, la journée : 2 séances : 52 euros
Inscription obligatoire validée à la réception de son règlement
Inscriptions : resa@guimet.fr ou 01 56 52 53 45
Règlement par chèque libellé à l’ordre de l’agent comptable du musée Guimet ou par CB